
Isabelle de Conihout et François Moureau
3 juin 2014 à 20h00
Les auteurs victimes des formes multiples de la censure sous la monarchie du XVIIIe siècle jusqu’à la IIIe République
Madame de Staël et la censure entre le XVIIIe et XIXe siècle en France
Sous l’Ancien Régime, un livre n’est publiable en France que s’il a obtenu une « approbation », censure du contenu, par un censeur nommé par le Chancelier, et que s’il est pourvu d’un « privilège’, droit de reproduction exclusif accordé par le pouvoir royal à un auteur et, le plus souvent, à un libraire-éditeur. Il existe évidemment de multiples manières de contourner ces obligations. La Déclaration des droits de l’homme de 1789 proclame que tout citoyen peut « parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». La liberté de la libre expression proclamée par la Révolution ne dura pas très longtemps. La censure, rétablie à plusieurs reprises, fonctionna sous le Consulat et l’Empire. La saisie et de la destruction de l’édition originale du livre de Madame de Staël, « De l’Allemagne », en septembre 1810, en est l’épisode le plus célèbre. La chute de Napoléon ouvre une nouvelle ère : la censure préalable est supprimée pendant les Cent-Jours, suppression confirmée par Louis XVIII le 20 juillet 1815. La conférence s’attachera à retracer les principaux épisodes et les multiples formes de la censure des livres en France aux XVIIIe et XIXe siècles, jusqu’aux débuts de la IIIe République.
Isabelle de Conihout
Chef du bureau du Patrimoine des bibliothèques au Ministère de la Culture de 1983 à 1986, puis Conservateur à la Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de 1986 à 1998, elle est depuis 1998 conservateur en chef à la Bibliothèque Mazarine (Institut de France). Elle a consacré sa thèse d’Ecole des Chartes à la surveillance des métiers du livre en France pendant la première moitié du XIXe siècle et est secrétaire de l’Association des Amis des Nouvelles du Livre ancien et membre du Grolier Club et de l’Association internationale de bibliophilie. Son domaine de recherche privilégié est l’histoire de la bibliophilie et des amateurs de livres. Elle est une spécialiste de l’histoire de la reliure.
Elle a publié de nombreux articles, catalogues d’expositions et publications, seule ou en collaboration, dont La Restauration : contrôle et liberté de la presse, 1984; Botanica in originali : livres de botanique réalisés en «nature-printing « . Le plus récent est Les premiers amateurs de romans de chevalerie, le peintre Daniel Dumonstier (1574-1646), en 2012.
François Moureau
Professeur émérite de Littérature française du XVIIIe siècle à l’université Paris-Sorbonne, membre de l’Académie royale flamande de Belgique des Sciences et des Arts. Historien du théâtre et des voyages, il est aussi un spécialiste de la communication imprimée et manuscrite à l’Âge classique.
Collaborateur des deux dictionnaires des journaux et des journalistes (1600-1789) publiés par Jean Sgard (1991, 1999) (150 notices environ), directeur de collectifs : Les Presses grises. La Contrefaçon du livre (XVIe-XIXe siècles) (Paris, Aux Amateurs de Livres, 1988). De bonne main. La Communication manuscrite au XVIIIe siècle (Paris, Universitas, Oxford, Voltaire Foundation, 1993), il est l’auteur du Roman vrai de l’Encyclopédie (Paris, Gallimard/Découvertes, 1990 et 2001), du Répertoire des nouvelles à la main. Dictionnaire de la presse manuscrite clandestine. XVIe-XVIIIe siècle (Oxford, Voltaire Foundation, 1999) et de La plume et le plomb. Espaces de l’imprimé et du manuscrit au siècle des Lumières (Paris, PUPS, 2006. Académie française, Prix Roland de Jouvenel 2007). De 2000 à 2012, il a été directeur des Presses de l’université Paris-Sorbonne (PUPS).