
Stéphanie Genand
25 mai 2016 à 20h00
Conférence
Corinne et les prémices de l’inconscient
Stéphanie Genand
Présidente Société des études staëliennes
Présentation
Si Germaine de Staël invente, avec Corinne, la figure emblématique de la femme maudite parce qu’elle pense et s’affranchit de sa destinée naturelle, son « féminisme » reste sujet à caution : quelle liberté Staël défend-elle pour les écrivains ? Celle de s’affirmer ou celle de disparaître ? Corinne incarne peut-être moins l’artiste en gloire que la créature neutre, à l’identité insaisissable, qui sait que pour briller dans le concert des nations, il faut savoir n’appartenir à aucune.
De Germaine de Staël à Simone de Beauvoir, une filiation se dessine, qui réunit la pensée d’un autre féminin, sous le signe de l’analyse et de la liberté.
Conférencier
Stéphanie Genand
Ancienne élève de l’Ecole Supérieure de Fontenay Saint-Cloud, agrégée de Lettres Modernes et Docteur en littérature française du XVIIIe siècle, elle est Maître de conférences-HDR et membre Junior de l’Institut Universitaire de France. Présidente de la Société des études staëliennes, elle codirige les derniers volumes de la Correspondance générale de G. de Staël. Ses recherches portent sur la littérature du tournant des Lumières
Entretien avec Stéphanie Genand
Qu’est-ce qui a fait naître l’idée du roman Corinne ou l’Italie ? A quel moment l’héroïne Corinne est-elle née dans l’esprit de Germaine de Staël ?
L’idée de Corinne naît curieusement en Allemagne, en 1804 : Staël assiste au spectacle d’une « féérie » retraçant l’amour d’un chevalier pour deux femmes, l’une prude et soumise, l’autre piquante et originale. Il choisira de délaisser la femme originale et cette intrigue lui inspire le désir de consacrer un récit au drame d’une femme paradoxalement victime de ses qualités. Corinne n’est en effet coupable que de son génie et de sa différence. Le livre sera cependant écrit trois ans plus tard, une fois effectué le voyage en Italie qui nourrit la dimension documentaire de Corinne.
Dans Corinne ou l’Italie, Germaine de Staël oppose la culture du Nord à celle du Midi. Est-ce un prolongement des propos qu’elle a publiés sept ans auparavant dans son livre De la littérature ?
Le roman se passe en Italie, mais il confronte surtout des personnages chacun issu d’une ère culturelle européenne : un Français, un Anglais et un Italien échangent leurs représentations de la culture. A la différence de la nomenclature fixiste de De la littérature, où Staël distinguait clairement le modèle du Nord et celui du Midi, Corinne valorise le mélange des nationalités et le chevauchement des racines: à l’image de l’héroïne, écossaise et italienne au point qu’il reste impossible de cerner son identité, l’homme moderne doit consentir à la pluralité de ses origines